Ossibissa, village de pêcheurs… et plus si affinités

Abidjan regorge de nombreuses îles le long de sa lagune. Certaines sont connues (l’île Boulay, la baie des milliardaires, etc.). D’autres sont moins célèbres, mais beaucoup fréquentées par ceux qui s’intéressent aux poissons et à divers trafics. Promenade sur une île qui cache bien des surprises.

On y arrive par la lagune à partir d’Abobodoumé (Yopougon). La pirogue (ou la pinasse) reste le seul moyen de locomotion. Une arrivée toutes les heures. 300 francs CFA la traversée. Aussitôt les pieds à terre, le visiteur est accueilli par des hommes en uniforme. Ils n’ont pas d’armes apparentes. « Ce sont des militaires ! » murmure Ismaël, revendeur de poisson et guide touristique pour la circonstance. Ces  »militaires », semble-t-il, veillent sur le village.

L’odeur de poisson vous accueille. Ici, des tables, là, des barriques. Outils indispensables pour fumer le poisson. De part et d’autre des couloirs, des maisons en bois sont noircies par la fumée. « Entrer-coucher », chambre-salon, 3 ou 4 pièces. Quelques rares maisons en dur se démarquent fortement. Comme la « résidence » du Chef du village. Peinture blanche nouvellement appliquée et une vaste cour, à l’intérieur de laquelle se dresse fièrement une gigantesque antenne parabolique.

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Des bateaux de pêcheurs

« Ossibissa est habité essentiellement par des pêcheurs. Ils vont pêcher en mer, dans la lagune ou vont croiser les bateaux de pêche pour acheter du poisson » indique Ismaël. Le poisson est ensuite revendu en gros sur le « Marché de Poisson » d’Abobodoumé. Il sera enfin redistribué au détail dans plusieurs marchés et commerces de la capitale économique.

La majorité de la population du village est originaire du Ghana. Le Twi (ethnie du ghana) s’entend presque partout. L’anglais aussi. Le mauvais français également. La seule école du village est aussi en bois et est anglophone. Les parents, qui le souhaitent, y emmènent leurs enfants. Les autres traversent l’eau pour aller à l’école à Abidjan. Les plus grands ne vont pas à l’école. La pêche et le commerce du poisson est le métier de leurs pères qui le leur transmettent dès le bas âge. « On les forme à prendre la main très tôt » explique Dubey, un rasta très respecté par les jeunes du village. Il tient des bistrots dans le village.

À Ossibissa, la vie est paisible. Par endroit, des pêcheurs recousent leurs filets, ailleurs, certains peignent ou fabriquent des pirogues, quand d’autres jouent au damier ou fréquentent les petits bistrots de fortune qui pullulent sur l’île. Les femmes, quant à elles, sont pour la plupart à Abidjan. Elles sont commerçantes de « pain sucré », de liqueurs en sachet ou de médicaments.

Du pétrole et de la « beuh »

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Une salle de classe de l’école anglophone de Ossibissa

Ce qu’il est commun de trouver à Ossibissa, c’est le poisson. Il y en a partout. De l’essence aussi. « Il n’y a pas d’électricité au village, mais, certains ont la télévision et des congélateurs. » confie notre guide. Comment font-ils ? « Les groupes électrogènes, il y en a un peu partout. On les alimente avec de l’essence… » précise Ferdinand, un autre revendeur de poisson. Quant à la provenance de cet essence, c’est un secret. Personne ne veut en parler à voix haute. « On a un réseau. On va prendre de l’essence quelque part et on va revendre dans un circuit sur Abidjan » murmure GF. Lui est ghanéen, pêcheur et revendeur d’essence. « Tout le monde sait ça, tout le monde fait ça. » précise Ismaël. Au cours de la visite, il s’empresse de nous abandonner : « Je vais me taper un peu, je reviens ». Se taper signifie fumer de l’herbe. Près d’une demie heure plus tard, « Ismo » nous rejoint avec plusieurs de ses compagnons dans un maquis. Les yeux rougis. Il a l’air sonné. « Tu fumes de la beuh ? » demande un de ses amis. « Ici, on ne nous poursuit pas. On est tranquille» dit-il, en présentant de l’herbe écrasé dans un bout de papier. Il l’enroule, y met de la salive et l’allume. « C’est du Cali » lance-t-il fièrement, en rejetant de la fumée en l’air. Cette « beuh » fera le tour des occupants du bistrot, jusqu’à la dernière bouffée. Elle aura couté 200 francs.

Texte et Photo : Israël Yoroba.

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One Comment

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  1. Ah Yoroba tu es un dur hein! Vraiment super article, merci du voyage et de la découverte de ce « glo glo ». La lagune Ebrie préserve décidément bien d’activités insolites et de trésors humains.

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