Dabou, l’eldorado de Ahmed

A l’arrêt « Taxi gare » de Dabou, tout le monde le connait et l’appelle « Ahmed ». C’est en fait son surnom. « Mon nom à l’état civil, c’est  Jao Mamadou. Je ne sais plus pourquoi j’ai été surnommé Ahmed », lance le boutiquier. Frêle, le teint foncé, un bonnet sur la tête, Jao est ce qu’on peut appeler un « success story ». Ce jeune sénégalais est aujourd’hui propriétaire d’une boutique. Pourtant, les choses n’ont pas commencé forcément au sommet.

« C’est en 2004 que j’arrive en Côte d’Ivoire, et que je m’installe à Dabou », se rappelle-t-il. A cette époque le pays vit sa deuxième année de crise. Cela ne décourage guerre l’aventurier. « Je voulais me chercher, gagner un peu d’argent et aider les parents restés à Dakar ».

L’ancien marchand ambulant de Dakar choisit Dabou. « Je ne connaissais personne à Abidjan. Ici j’ai quelques frères. Ce sont eux qui m’ont accueilli et guidé au départ », reconnaît-il. Son intégration dans la ville ne prend pas de temps et se fait sans difficulté. « Quand tu es clean, tu n’as pas de problèmes avec les gens. Moi, je suis un sans-histoire. Je suis clean », lance-t-il, en rigolant alors qu’il sert une cliente.

Ahmed_clientA son arrivée en 2004, Ahmed est employé comme gérant d’une boutique. C’est à lui que revient la tâche de vendre les articles et de faire la comptabilité. « A la fin du mois, je fais les comptes avec le propriétaire et il me donne 50 % des bénéfices ». L’activité fonctionne. Surtout qu’à proximité de ce supermarché de fortune, une boîte de nuit s’est installée. Les noctambules affluent. Ce sont les premiers clients d’Ahmed.

Le boutiquier n’utilise qu’une infime partie de son salaire mensuel pour son strict minimum et pour « envoyer un peu » à la famille, à Dakar. Au bout de 5 ans, Ahmed a une grosse épargne qui lui permet de racheter la boutique dans laquelle il travaille. « Le patron avait besoin d’argent pour régler des soucis personnels. C’est pour cela qu’il voulait vendre la boutique. Je la lui ai rachetée ».

Passer à autre chose

Même s’il reconnaît que son activité tourne toujours bien, il est déterminé à changer de cap. « Vous voyez, la boîte de nuit a été fermée. Donc, ma clientèle de nuit a fortement baissé. Heureusement que j’ai réussi à fidéliser d’autres clients », souligne-t-il, reconnaissant la baisse des recettes. « Je n’envoie plus trop d’argent au pays. Ça devient de plus en plus compliqué ». Depuis, le jeune vendeur a épousé une Burkinabè. « Nous avons 3 gosses. Un garçon et des jumelles », lance-t-il, fièrement. Il a désormais des rêves beaucoup plus grands. « Ouvrir un plus grand magasin et, construire une maison », souhaite-il. En attendant de les réaliser, Ahmed peut se réjouir d’avoir acheté quelques terrains. « Il ne reste plus qu’à poser les briques », dit-il en souriant.

Texte Israël Yoroba & Photos : Jacques Kouao

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4 Comments

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  1. Qui n’ose pas, n’aura rien! Bravo Ahmed!

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  2. Excellent article, bien rédigé et très intéressant, j’apprécie particulièrement le fait que vous dressez le portait de personnes qui sont arrivés ou ils en sont en travaillant dur. Continuez de propager un esprit positif.

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  3. À travers cet article on retrouve l’esprit même de la Côte d’Ivoire, pays d’accueil où tout le monde peut réussir à la sueur de son front. Petite suggestion de rubrique, afin de nous faire également découvrir la richesse linguistique du pays pourquoi ne pas nous proposer une petite introduction aux différentes langues avec les mots de bases ou un proverbe ?

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