Abidjan-San Pedro : De la route et des risques

La Côtière ivoirienne, c’est environ 360 kilomètres de route. Un chemin rendu célèbre par le piteux état du bitume. Prendre cette voie, c’est prendre rendez-vous avec les torticolis, les coupeurs de routes ou la mort.

« Récemment il y a eu des rénovations », sourit un passager à bord d’un minibus qui le conduit de Sassandra à Grand Lahou. « Mais ça c’était avant », lance-t-il avec un éclat de rire alors qu’il est violemment secoué. Le véhicule vient de rentrer dans un nid de poule. On en retrouve d’ailleurs à presque tous les 100 ou 200 mètres.

D’Abidjan à San Pedro, rares sont les tronçons où les voyageurs ont une quiétude. Des crevasses semblables à des ravins longent ce parcours du combattant. « La meilleure chose qui puisse vous arriver est de ne pas être assis à l’arrière du véhicule de 18 places », se rend compte bien trop tard une voyageuse. Elle n’a pas eu le choix. Contre son gré, elle est installée dans le « salon ». Six fauteuils qui se font face les uns les autres. Et sous les pieds des « Invités » du « Salon », des bagages. De nombreux bagages font la concurrence aux orteils et chevilles devenues bientôt trop serrées.

Poulets, cartons de fruits, sacs de voyages, sacs d’attiéké… Tout y passe. Et si par malheur votre trajet dure longtemps, vous ne pourrez pas vous tenir debout. Votre tête se retrouvera stoppée net par le plafond du « Gbaka ».

Comme au Formule 1

IMG_4519Ce mauvais état de la route ne décourage guère les chauffeurs de ces minibus. Dabou-Grand Lahou. 76 kilomètres. « Normalement, c’est un trajet qu’on fait en une heure voire une heure 30 », prévient un homme assis dans le véhicule de transport. Certains voyageurs n’en croit pas un mot. « On l’a fait en 45 minutes », s’affole presque un autre passager. Aboudou, le chauffeur du minibus en est d’ailleurs fier. Taille fine, teint noir, sueur dégoulinante sur le front, il n’hésite pas à venir saluer ses clients qui ont passé le trajet à se plaindre. « Nous on roule Shap shap », jubile-t-il presque. Traduction : « Nous roulons à toute vitesse ». Les raisons : Il doit retourner rapidement sur Abidjan. Plus vite il roule, plus vite il arrive, plus vite il aura de la clientèle au retour. Et quand on lui demande ce qu’il fait de l’état de la route, sa réponse est sans équivoque : « ça fait plusieurs années que je fais le trajet. Je maîtrise la route et ses trous », se justifie-t-il sous l’œil parfois amusé et souvent dégoûté des passagers.

Sur le bitume qui a du mal à tenir, les chauffeurs s’adonnent à une véritable course. Pour les passagers à bord, il ne reste plus qu’à prier.

Les coupeurs de route !

Grand Lahou. Il est 19 heures. Nous nous préparons à embarquer pour Fresco. Une ville située à une centaine de kilomètre de là. « Non, ne prenez pas ce risque. La route n’est pas sûre », (nous) déconseille un guide. Rares sont les chauffeurs qui se risquent à cet exercice qui peut s’avérer périlleux. Le trajet est aussi réputé pour les attaques par des bandes armées. « Ils (vous) dépouillent de tout. Si vous êtes en vie c’est une énorme chance », prévient un habitant de Fresco.

Texte : Israël Yoroba & Photos Jacques Kouao.

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